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jeudi 27 mars 2008

Le Jade en Chine

Depuis des millénaires, le jade est, pour les Chinois, la pierre précieuse par excellence, l’« essence du ciel et de la terre ». Il symbolise les vertus confucéennes de bonté, rectitude, sagesse, courage et pureté. Pour leur part, les taoïstes pensaient qu’absorber du jade réduit en poudre permettrait d’atteindre l’immortalité. Traditionnellement, on distingue deux sortes de jade, le juan-yu ou « jade tendre », aussi appelé cheng-yu ou « jade véritable », et le ying-yu ou « jade dur », aussi appelé fei-tsui ou « martin-pêcheur » en raison de sa couleur qui rappelle celle des plumes de cet oiseau.

Des oiseaux, des poissons, des cigales, des vers à soie et des tortues étaient sculptés dans du jade dès la fin du néolithique (4000-2200 avant notre ère). Les anciens Chinois croyaient en effet que les divinités transmettaient le pouvoir de la vie aux humains par l’intermédiaire des animaux.

La fabrication d’objets divers en jade était aussi très développée sous la dynastie Hsia. Les objets en jade symbolisaient l’autorité et servaient principalement lors des cérémonies religieuses organisées par les nobles en l’honneur des dieux. Les deux principaux objets rituels de cette époque étaient les grands couteaux et les sceptres, qui étaient aussi des armes.

Sous la dynastie Shang, les sculptures en forme d’animaux étaient nombreuses. Le jade servait à fabriquer les ustensiles rituels utilisés pour les offrandes aux dieux ou comme porte-bonheur : les dagues, une adaptation des larges couteaux et des sceptres des Hsia ; les disques en jade, ou pi, percés d’un trou en leur centre et censés représenter le ciel ; des récipients longs et creux aux côtés rectangulaires ou tsong, qui servaient à honorer la terre. La forme donnée aux pi et aux tsong s’explique par la cosmologie des anciens, selon laquelle le ciel était rond et la terre carrée.

A cette époque, on recouvrait ou l’on entourait les cercueils d’objets en jade car on pensait qu’ils constitueraient un lien avec l’au-delà. Par la suite, des objets funéraires furent sculptés dans cette pierre symbolisant la perfection et l’immortalité, dans l’espoir qu’ils empêcheraient les corps de se décomposer. On préconisait notamment d’obstruer les neuf orifices du corps avec des pièces en jade. Parmi les animaux les plus fréquemment représentés figuraient les cigales, symboles de la renaissance, qui étaient placées dans la bouche des défunts, et les porcelets, représentant la prospérité.

Sous la dynastie Chou de l’Ouest (1122-770 av. J.-C.), les artisans transformèrent les dagues en kuei, tablettes allongées, souvent ornées d’images d’hommes-dragons, que portaient les princes en signe de leur pouvoir. Des jetons en jade divisés en deux parties servaient aussi de moyens d’identification, chacune des deux personnes ayant conclu un accord en conservant un morceau. Pendant la période des Printemps et Automnes, les dragons et les phénix remplacèrent les motifs d’oiseaux, de poissons et d’insectes. Vers la fin des Chou de l’Est, sous les Chin et au début des Han, le savoir-faire des artisans et la qualité des outils de polissage atteignirent leur apogée. La maîtrise des techniques de forage, de tournage et d’évidage permit de fabriquer des récipients en tous genres. Par ailleurs, la conquête par les forces chinoises du Nord-Est, où se trouvaient les principaux gisements de jade, permit un approvisionnement plus facile en matière première. Cette pierre était particulièrement appréciée des lettrés qui arboraient des ornements de jade dans la vie de tous les jours, indication de leur rang et de leur statut social. Le jade ornait aussi les épées et leurs fourreaux, faisant de ces armes des cadeaux de prix. Par ailleurs, cette période fut celle d’une simplification des motifs, permettant de faciliter l’exécution des œuvres et, donc, de produire en plus grande quantité. Les empereurs Han furent des collectionneurs d’objets en jade.

Les Tang ne manifestèrent que peu d’intérêt pour le jade. Un nouvel essor se produisit sous les Sung et tout particulièrement sous le règne de l’empereur Hui-tsung qui chercha à collectionner les œuvres anciennes. Après les Sung et les Yuan (1271-1368), la fabrication des ustensiles en jade eut une vocation principalement artistique. Cependant, certaines pièces, bien qu’ornementales, avaient aussi un usage pratique, comme les ustensiles des lettrés et des calligraphes (godets à pinceaux, rince-pinceaux, boîtes de pâte à cachet...), les objets usuels des nobles et des riches familles (peignes, épingles à cheveux, cannes, coupes à vin, coffrets à bijoux...), etc. Les ceintures, les vêtements, les coiffures... portaient aussi des ornementations en jade. Les amulettes sculptées dans cette pierre précieuse étaient censées protéger contre les blessures et les mauvais esprits.

Sous les Ming (1368-1644), la fabrication des objets en jade imita les formes des laques et des céramiques, tandis que les parures et les instruments des calligraphes s’ornaient de fleurs, de fruits ou d’animaux, tendance qui s’accentua sous les Ching. Le renouveau des études archéologiques qui se fit à cette époque entraîna aussi un certain engouement pour l’archaïsme, avec une vague d’imitations des formes des bronzes anciens. L’empereur Chien-lung, célèbre pour son amour des arts, appréciait tout particulièrement le jade. De nombreux progrès furent accomplis sous son règne dans les techniques de sculpture de cette pierre. Alors que les empereurs des siècles passés buvaient le thé dans des tasses en porcelaine, Chien-lung choisit de se servir de tasses en jade. De nombreux objets furent fabriqués dans cette pierre, dont des reproductions des pi et des huan (anneaux), des pendantifs et autres ornements, à partir des stocks existant dans les réserves. Nombre de ces objets faisaient office de cadeaux. Les Etats vassaux présentaient aussi des tributs fabriqués dans cette pierre. De plus, la matière première arrivait tous les ans à la cour en provenance du Sinkiang, la nouvelle marche. La plupart des artisans qui travaillaient le jade dans les ateliers impériaux venaient de Yangchow et de Soochow dans le Kiangsu, cette ville étant par ailleurs le centre de la sculpture du jade sous les Ching. L’empereur Chien-lung vérifiait en personne les motifs à partir desquels étaient fabriqués les objets en jade. Encourageant une redécouverte du passé, il commanda des reproductions d’œuvres Tang, Sung et Yuan et favorisa la fabrication de pièces contemporaines, dont certaines de grande dimension. Le règne de Chien-lung fut aussi marqué par l’importation d’objets étrangers. Les pièces qualifiées de « jades de l’Hindoustan » furent principalement réalisées dans la région de Khotan, qui était un important centre d’extraction de cette pierre

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